Retraites : le vrai problème c’est le chômage (1/2)
Une nouvelle réforme des retraites est annoncée. « Le Président de la République veut aller vite et faire voter la loi dès le mois de juillet, peut-on lire dans la presse. Les sondages montrent que les Français sont mûrs pour un allongement de la durée de cotisation. » Suffit-il d’un sondage (que contredisent d’autres sondages) pour faire une bonne politique ? L’allongement de la durée de cotisation est-il vraiment la panacée ?
Vu l’augmentation de l’espérance de vie, il faudra un jour travailler un peu plus longtemps. Sans doute. Mais, à court terme, vu le taux de chômage des plus de 60 ans, l’allongement à 41 ans de la durée de cotisation, que veut imposer Nicolas Sarkozy, est-il vraiment pertinent ?
Essayons d’y voir clair :
> Aujourd’hui, c’est en moyenne à 61 ans que les salariés soldent leur retraite.
> À 61 ans, moins de 30 % des salariés ont encore un emploi.
> Quand Nicolas Sarkozy et François Fillon, sans avoir rien fait pour faire reculer le chômage des plus de 60 ans, exigent une année de cotisation supplémentaire, ils savent très bien que pour plus de 70 % des salariés il manquera une année de cotisation, soit 4 trimestres.
> Pour une majorité de salariés, cela signifie une décote de 10 % sur la pension de retraite !
Aujourd’hui, quand un salarié solde sa retraite, il est au chômage depuis trois ans en moyenne. Rendre obligatoire une année de cotisations supplémentaire sans avoir fait radicalement reculer le chômage des plus de 60 ans ne sert à rien :
« S’il n’est pas porté remède au chômage, le recul de l’âge de la retraite ne sert à rien. Cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent déjà de travail. Les inégalités entre générations ne viennent pas du « problème » des retraites mais de l’emploi.
Le vrai problème, c’est le chômage. »
Jean-Paul FITOUSSI
Président de l’OFCE1
Le Monde, 6 mars 2001
« Cotiser plus longtemps » = 10 % de moins sur les retraites ?
Voilà comment, en prétendant « sauver les retraites », avec des arguments pleins de bon-sens (« l’espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps« ), on prépare en réalité une baisse généralisée du niveau des retraites de la Sécurité sociale.
Baisser le niveau de vie de millions de retraités serait scandaleux humainement : derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre – vivre pleinement et pas seulement survivre ou sousvivre- avec ce que la Sécu leur verse. Comment fait-on pour vivre avec 900 euros par mois ? Comment fait-on pour accueillir ses petits enfants quand chaque sou est compté ?
Mais une telle baisse des retraites serait aussi un non-sens économique : comment maintenir un peu de croissance (François Fillon mise toute sa stratégie économique sur le retour de la croissance à 2,5%) si le niveau de vie des retraités baisse fortement et que, de ce fait, les salariés en activité sont incités à épargner au lieu de consommer ?
Freiner dans la montée ou attendre la descente ?
« Soyons clairs : sans doute faudra-t-il un jour travailler plus longtemps, explique un spécialiste du dossier. Mais, tant que l’on ne s’est pas donné les moyens de lutter radicalement contre le chômage, travailler plus longtemps est contre-productif. C’est comme quand on fait du vélo en montagne : bien sûr que, après avoir passé le col, il faudra freiner. Mais si on freine dans la montée, on n’arrivera jamais au col ! La priorité, la seule, c’est de lutter contre le chômage et les petits boulots.»
Lire « Retraites : le vrai problème c’est le chômage (2/2) »
- L’Observatoire Français des Conjonctures Economiques est l’institut d’économie de Sciences-Po Paris. [↩]
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1 Je souhaite adhérer au Kairos, comment faire ?
2 La commission économique des verts se penche en ce moment sur le dossier des retraites et prépare un texte, souhaitez vous participer ?
[...] des propositions sur la réforme des retraites et pour moi le préalable reste la question de la pénibilité au delà des mots et donc d’en [...]
Que de contre vérités dans un texte aussi court!
1)Les périodes de chômage indemnisées ouvrent des droits à la retraite, comme les périodes travaillées, que ce soit sur le régime de base ou les complémentaires. 4 trimestres supplémentaires sont validés pour les chômeurs en fin de droit dans le régime de base. ce montant de 4 trimestres est porté à 20 trimestres pour ceux qui ont plus de 55 ans.
L’immense majorité des chômeurs qui soldent leur retraite étant indemnisés, il n’y aura pas d’impact pour eux sur le montant de leur retraite. Pour être concerné, il faut sortir au moment du solde de la retraite, d’une période de 8 ans de chômage consécutifs, ce qui malheureusement existe mais est vraiment très marginal
2) pour ceux qui seraient en fin de droit de plus de 4 trimestre, l’impact sur la complémentaire de 4 trimestre supplémentaire ne peut qu’être d’environ 1 année sur 40 soit 25% et non 10%s
Pour les mêmes, l’impact sur le régime de base n’est de 10% (en raison de la règle de 1.25% de décote par trimestre manquant) que pour ceux qui sont nés avant 1944, c’est à dire qui ont 66 ans !
http://www.info-retraite.fr/fileadmin/gip/pdf/ma_retraite_selon_mon_statut_mai_2010.pdf
3)Mais c’est le raisonnement de départ tout entier qui souffre d’une méconnaissance totale de la manière dont les seniors partent en retraite
l’immense majorité des salariés de plus de 50 ans sont en CDI. Le taux de chômage des seniors est nettement plus faible que le taux de chômage moyen. Comment se fait il alors que tant de seniors soient au chômage au moment où ils liquident leur retraite?
La réponse est extrêmement simple : parce qu’ils l’ont choisi ainsi, en accord avec leur entreprise et avec la bénédiction des syndicats de celle ci, tous d’accord pour faire peser le poids de ces pré retraites déguisées sur les Assedic
Comment cela se passe?
Très simplement :
soit dans le cadre d’un plan de volontariat (que les syndicats réclament à corps et à cris de renouveler dans les entreprises qui en ont fait un auparavant, ne serait ce que parce que les syndicalistes sont souvent eux mêmes âgés, et qu’ils veulent pouvoir prétendre laisser la place aux jeunes)
Soit dans un cadre individuel, hier d’une transaction, aujourd’hui de la rupture conventionnelle
la date de départ est savamment choisie, souvent autour de 57 ans car les droits à l’indemnité des chômeurs de plus de 55 ans sont généralement de 36 mois. Et qu’à 57.5 ans, on pouvait bénéficier de la dispense de recherche d’emploi
En 2007, on avait ainsi 160 000 entrées en dispense de recherche d’emploi dans une seule année
Las, la DRE est en train de disparaitre
Et avec le passage progressif à 62 ans de l’âge de la retraite, il faudra modifier ces comportements. Probablement, les départs volontaires vont se faire vers 59 ans, toujours pour tenir compte des 36 mois d’indemnités
Mais de retraités perdant 10% de leur pensions, point!
Qu'en pensez vous ?
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